Editorial

06/12/2011

Refusons le retour au Moyen Âge, construisons une école citoyenne!



Il va de soi qu’à la FGIL nous nous félicitons que le projet d’instruction ministérielle relative à l’exercice des convictions religieuses au sein des écoles publiques ait vite été abandonné quelques jours seulement après sa divulgation, suite notamment à son rejet unanime par l’opinion publique et, fait rarissime et encourageant, par l’ensemble des fractions politiques représentées à la Chambre des députés. Les organisations laïques et humanistes, efficacement rassemblées en front unique pour l’occasion, y étaient certainement pour quelque chose. L’enjeu était de taille, il suffit pour cela de s’imaginer, même après coup, les conséquences qu’aurait engendrées la désastreuse instruction ministérielle, eût elle été promulguée.

La mixité aurait été progressivement abolie, d’abord pendant les cours de natation, plus tard et les exemples à l’étranger sont là pour le démontrer, pendant les cours d’éducation sportive en général, ensuite en biologie et finalement dans toutes les branches.

Dans nos écoles, d’aucuns se promèneraient en kippa, d’autres avec un turban sikh ou portant voile alors que la grande majorité des élèves, les chrétiens, les agnostiques, les athées tout comme les enseignants n’auraient même pas le droit de porter de casquette ou de béret. Nos écoles étant suffisamment chauffées et pour ne pas ajouter à la confusion, rappelons qu’à notre avis le port d’un couvre-chef, religieux ou autre, n’a dans nos salles de classe pas de légitimité.

Inadmissible également la proposition d’autoriser dans les lycées et écoles l’installation de salles de recueillement pouvant servir de lieux de prière alors que notre pays dispose déjà d’églises, de mosquées et de synagogues en nombre suffisant, toutes financées d’ailleurs par le denier public – pour les mosquées ce ne sera le cas qu’après la signature de la convention actuellement en préparation – où les croyants de tous bords peuvent se rendre à leur guise pour se recueillir et pour prier.

Soulignons, c’est important et troublant à la fois car là on ne parvient vraiment plus à comprendre la démarche ministérielle, que les porte-parole de l’église catholique, du consistoire israélite et de la choura islamique ont tous les trois insisté pour dire que leurs respectives organisations n’étaient nullement demanderesses en la matière !

La malheureuse instruction ministérielle aurait donc semé la discorde au sein même du monde scolaire et elle aurait provoqué la ségrégation entre les élèves au lieu de favoriser l’indispensable cohésion nécessaire au bon fonctionnement de l’école et de la société.
Chose réjouissante, le branle-bas généralisé qu’elle a soulevé a fait que les différents mouvements humanistes et laïques oeuvrant sur le terrain unissent désormais leurs forces et qu’ils réagissent d’une seule voix pour contrer les extravagances confessionnelles et pour empêcher le retour au Moyen- Age. Dans les mois prochains ils ne manqueront pas d’élaborer ensemble des propositions concrètes en vue de l’introduction d’un cours de formation morale et sociale unitaire.

Ed Kirsch
président de la FGIL